Nous sommes dans la 1re année de la 71e Olympiade, en 500 avant Jésus-Christ, dans un monde correspondant autant que possible à celui de la Grèce antique de cette époque.
C'est un monde de cités indépendantes, de marchands, de navigateurs, de guerres et de rivalités, mais également un monde dans lequel les dieux, les présages et les récits transmis depuis des générations occupent une place essentielle dans la vie des hommes. C'est dans ce monde fragmenté que commence l'histoire d'Ostrakon.
I
Le monde hellène
Il n'existe pas encore de nation appelée "Grèce" au sens moderne du terme. Les Hellènes partagent une langue, des mythes, des dieux et certaines traditions communes, mais leur première appartenance demeure généralement celle de leur cité d'origine :
Un Athénien est d'abord Athénien, un Spartiate est Spartiate, un Corinthien est Corinthien.
Le monde hellène est une mosaïque de cités, de royaumes, de colonies et de peuples indépendants. Athènes, Sparte, Corinthe, Thèbes et quantité d'autres cités possèdent leurs propres lois, leurs propres institutions, leurs propres coutumes et leurs propres ambitions. Certaines sont gouvernées par le peuple, d'autres par quelques familles puissantes, des magistrats ou des rois. Les régimes changent, les frontières aussi. Les alliances se nouent puis se brisent, les rivalités perdurent et les cités qui commercent entre elles un jour peuvent s'affronter le lendemain.
Malgré leurs différences, les Hellènes se reconnaissent pourtant dans un même monde de traditions, de récits et de cultes. Ils honorent souvent les mêmes dieux, connaissent les mêmes héros et se retrouvent lors de grands sanctuaires et de fêtes communes. Leurs navires parcourent déjà une grande partie de la Méditerranée et de la mer Noire, fondant des comptoirs et des colonies parfois très loin de leur cité d'origine.
Voyager n'a donc rien d'exceptionnel. Mais certaines destinations le sont davantage que d'autres.
II
La Terre Libre
Depuis quelques années, une même rumeur circule dans les ports du monde hellène. Des marins parlent d'une terre fertile, située à l'écart des grandes puissances grecques : une région où aucune ancienne polis ne semble véritablement régner, avec des campagnes encore peu exploitées, des forêts, des cours d'eau et suffisamment de terres pour permettre la naissance de nouveaux établissements.
Sa localisation demeure pourtant étonnamment vague, même pour des navigateurs chevronnés. Les récits se contredisent. Certains prétendent connaître la route, d'autres jurent avoir navigué plusieurs jours sans jamais apercevoir les côtes dont on leur avait parlé. Les indications les plus précises finissent généralement par se résumer à quelques caps, quelques îles et une formule répétée dans les ports : "Quelque part à l'Est des îles hellènes."
Faute de mieux, les marins lui ont donné un nom simple : la Terre Libre. Libre, surtout, parce qu'aucune des grandes cités hellènes ne semble encore pouvoir la revendiquer.
La naissance d'Ostrapolis
Quelques colons y ont déjà posé pied. Sur l'un de ses rivages commencent ainsi à s'élever les fondations d'une toute jeune cité : Ostrapolis. Ses rues sont jeunes, ses terres doivent être défrichées, ses bâtiments construits et une grande partie de ce dont ses habitants ont besoin doit encore être produite, importée ou découverte. Ici, beaucoup reste à faire.
Mais ces terres ne sont pas totalement vides. Les voyageurs parlent parfois d'anciennes ruines dont personne ne semble connaître les bâtisseurs, de voyageurs disparus sans laisser de traces, de lieux que les animaux refusent d'approcher ou de créatures semblant sorties des récits des poètes. Comme toujours dans les tavernes des ports, chaque histoire devient plus extraordinaire à mesure qu'elle est racontée. Nul ne sait quelle part relève de la vérité, de la peur ou de l'imagination des marins.
III
L'arrivée à Ostrapolis
Malgré les rumeurs entourant la Terre Libre, il existe désormais au moins une route relativement régulière permettant de rejoindre Ostrapolis. Un marchand hellène possède un navire avec lequel il effectue presque chaque semaine le trajet entre certains ports du monde grec et la jeune colonie.
Son commerce repose principalement sur l'échange de marchandises : à l'aller, il apporte aux colons ce qu'ils ne peuvent pas encore produire eux-mêmes ; au retour, il repart chargé de ce que la Terre Libre peut offrir et qui trouvera acheteur ailleurs. Avec le temps, son navire est également devenu l'un des principaux moyens de rejoindre ou de quitter Ostrapolis.
Le passage et le change
Le marchand a également pris l'habitude de rendre un autre service bien utile aux voyageurs. Les monnaies utilisées dans le monde grec n'ayant ni tout à fait le même poids ni toujours la même valeur d'une cité à l'autre, il échange volontiers les pièces venues d'Athènes, de Corinthe ou d'ailleurs contre la monnaie ayant cours à Ostrapolis. Naturellement, il ne fait pas cela par charité : le passage se paie, et le change aussi.
Ceux qui ne disposent pas de suffisamment d'argent peuvent parfois négocier autrement. Quelques bras supplémentaires sont toujours utiles sur un navire : déplacer une cargaison, aider à manoeuvrer, nettoyer le pont ou participer au chargement peut suffire à payer une partie de la traversée.
Ceux qui tentent leur chance
Ainsi trouve-t-on à son bord toutes sortes de voyageurs : marchands, artisans, mercenaires, cultivateurs, médecins, ouvriers, aventuriers, bannis, pèlerins, curieux ou simples vagabonds... Certains arrivent avec de l'argent et des projets. D'autres ne possèdent guère plus que leurs vêtements, leurs outils et ce qu'ils savent faire de leurs mains.
Tous n'ont pas les mêmes raisons de partir. Tous ne cherchent pas la même chose. Et rien ne garantit qu'ils trouveront sur la Terre Libre ce qu'ils étaient venus y chercher.
Mais lorsque les côtes apparaissent enfin à l'horizon et que se dessinent les premières constructions d'Ostrapolis, tous arrivent au même endroit : Une cité encore jeune, une terre encore largement inconnue et suffisamment d'espace pour que chacun puisse tenter d'y écrire sa propre histoire.